Mots de l’époque de Molière

Faire l’amour

Se livrer à la galanterie dans un sens un peu vulgaire. (Dictionnaire historique de la langue française.)

« Oui, Monsieur, vous devez pour le punir, faire l’amour à ma maîtresse ». Claudine à Clitandre. (Molière, G. Dandin).

Patineur

Amateur de caresses indiscrètes. 

« Ah, doucement, je n’aime pas les patineurs. » Claudine à Lubin. (Molière, G. Dandin)

« Il n’est pas d’un homme de qualité, s’il se trouve en la compagnie de dames, de patiner et de porter la main, tantôt à un endroit, tantôt à un autre, de baiser par surprise, d’ôter la coiffe, le mouchoir, etc. » (Nouveau Traité de civilité (1671) d’Antoine Courtin).

Tribouiller

Être agité.
« Je me sens tout tribouiller le cœur quand je te regarde », Molière, G. Dandin, II, 1.
« Ah ! que je l’aime ! je le sens bien en ce moment ; le sang me tribouille partout », Campistron, l’Amante amant, I, 2.      
(Le Littré).
(English translation impossible).
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Ventricule Gauche

Un poète, hélas fort ignoré.

« Pêche d’équations polynomiales, / Déhiscence en fertilité immobile, / Assertion halieutique sur des routines échinodermes, / Syntaxe rituelle du tir à l’arc. »

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« Expulser l’abolition de l’heure passée, / Opter pour l’épiscopal timbré. / L’Ichthus de la céramique végétale / Fait la sève des rumeurs noyées »

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« Souviens-toi de ces choses qui n’existent pas, / Pour rendre la parole au secret. / Bonheur et béatitude sont en feu / Alors laisse le chat du hasard tranquille. »

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« Charpentier des orages / je cloue les gouttes de pluies. / Touché à l’avant-garde du hasard, / J’affronte le vertige / des convictions à l’envers. »

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NB : Impossible to translate those poems into English

 

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Kei Acedera

Résurrection

Carl Dreyer : Ordet, 1955.

 

Une des plus belles scènes de résurrection du cinéma. 

Sans résumer l’intrigue du film, on peut dire que Inger, une mère de famille, est morte en couches. 

Johannes beau-frère d’Inger, sujet à des crises de mysticisme, est amené dans la pièce où git la défunte, par la petite Maren, fille d’Inger, qui est persuadée qu’il a des pouvoirs miraculeux. Elle le presse d’intervenir, (contre l’avis des personnes présentes). 

Johannes dit : « Écoute-moi, toi qui es morte », puis, « Donne-moi la Parole. […] Inger, au nom de Jésus-Christ, lève-toi. » Inger décroise les doigts et ouvre les yeux. Elle est ressuscitée.

Comme disait un critique de cinéma : « Même si on ne croit pas aux résurrections, au cinéma, on y croit. »

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One of the most beautiful scenes of cinema resurrection.

Without summarizing the plot of the film, we can say that Inger, a mother, died in childbirth.

Johannes Inger’s brother-in-law, subject to crises of mysticism, is brought into the room where the deceased lives, by little Maren, daughter of Inger, who is convinced that he has miraculous powers. She urges him to intervene, (against the advice of those present).

Johannes says, « Listen to me, you who are dead, » then, « Give me the Word. […] Inger, in the name of Jesus Christ, rise up. Inger uncrosses his fingers and opens his eyes. She is resurrected.

As a film critic said: « Even if we do not believe in resurrections, in cinema, we believe in it. « 

Le coucou / The cuckoo clock

Film : « Le Troisième homme » / Movie : « The Third Man ».

Le personnage Harry Lime :  

« Vous savez ce que quelqu’un a dit – en l’Italie, pendant les trente années de règne des Borgia, connut la guerre, la terreur, les meurtres et des flots de sang. Mais elle produisit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. La Suisse connut pendant cinq siècles la fraternité, la démocratie et la paix, et qu’est-ce cela a produit ? Le coucou. So long Holly. »

« You know what the fellow said – in Italy, for thirty years under the Borgias, they had warfare, terror, murder and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci and the Renaissance. In Switzerland, they had brotherly love, they had five hundred years of democracy and peace – and what did that produce? The cuckoo clock. So long Holly. »

 

Des riens

« J’entends seulement de me branler quand le branle me plaît. » Montaigne

NB : Pour ceux qui penseraient à mal : branler = bouger, se mouvoir, en vieux français.

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« Buvez et prenez vite congé de vos nymphes sur le rivage,
Et faites taire leurs lamentations
En leur jurant de revenir
Mais sans avoir l’intention de les revoir jamais. »

Purcell, Didon et Enée, Acte III.

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L’alpiniste George Mallory répondit à la question de savoir pourquoi il voulait grimper sur l’Everest : « Parce qu’il est là. » (Sylvain Tesson).

NB : Il a disparu lors d’une expédition sur l’Everest, commencée le 8 juin 1924.

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1 – Nlvr ls vylls / 2 – Remettre les voyelles. (Sylvain Tesson).

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En 1936, l’alpiniste anglais Tillman et son compagnon Odell arrivent au sommet de la Nanda-Devi (7 816 m), d’où ils ont exprimé leur euphorie : « Nous oubliâmes toute retenue au point de nous serrer la main ». (« Himalayistes », Gilles Modica).

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Etre français, c’est vivre dans un paradis peuplé de gens qui se croient en enfer. (Sylvain Tesson).

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(Source générale : Sylvain Tesson, Géographie de l’instant, Pocket, 2014.)

 

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Nymphes. John Waterhouse.

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Enfer peuplé de français. (Delacroix)

 

 

 

Les peintures murales de style Nyaungyan en Birmanie / Nyaungyan painting in Burma

Au XVIIIe siècle, les peintures murales bouddhistes de style Nyaungyan en Birmanie, « font référence à un fonds populaire de plaisanteries et de paillardises ». Elles sont très vivantes, humoristiques et étaient destinées à éduquer en amusant. (In the 18th century, Nyaungyan-style Buddhist murals in Burma « refer to a popular fund of jokes and bawdings ». They are very lively, humorous and were meant to educate with fun.)

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Gardien musulman. (Les gardiens étaient souvent musulmans ou européens, probablement anciens prisonniers de guerre). (Muslim guardian. (The guards were often Muslim or European, probably former prisoners of war).)

Le gardien

« Toni et l’Indien Tani discutent. » (« Toni and the Indian Tani are discussing. »)

Gardien birman et acolyte musulman tenant une lettre. (Burmese guardian and Muslim acolyte holding a letter.)

Nga Kha compagnon de beuverie colérique. (Nga Kha companion of angry drinking.)

Nga Kha touchant le sein d’une demoiselle d’honneur. (Nga Kha touching the breast of a bridesmaid.)

Querelle entre une femme et son mari. (Quarrel between a woman and her husband.)

Querelle entre le gardien Nga Hnè Toe et sa femme Madi au début d’une scène représentant le Bouddha historique.

Ces scènes, « ont trait à l’observation de préceptes bouddhiques : la scène de querelle entre un gardien et sa femme portant sur l’infidélité se réfère à l’adultère, voire au « ne pas mentir » ; la scène du gardien et de son acolyte buvant de l’alcool comme la scène du roi Aṅgati et son ministre, buvant eux aussi de l’alcool, se réfèrent au même « ne pas consommer d’intoxicants ». »

Source :

Recherches en sciences humaines sur l’Asie du Sud-Est. N°16, 2010. « La société bouddhique birmane dans les sermons visuels de la Chindwin : Edifier, surprendre et faire rire », de Christophe Munier-Gaillard

(Quarrel between the guard Nga Hnè Toe and his wife Madi at the beginning of a scene representing the historical Buddha.

These scenes « relate to the observation of Buddhist precepts: the scene of a quarrel between a guard and his wife concerning infidelity refers to adultery, even to » not to lie « , the scene of the guardian and his sidekick drinking alcohol as the scene of King Aṅgati and his minister, also drinking alcohol, refer to the same « do not consume intoxicants ». « 

Source:

Humanities research on Southeast Asia. N ° 16, 2010. « The Burmese Buddhist Society in the Visual Sermons of Chindwin: Edifier, Surprise and Laugh » by Christophe Munier-Gaillard.)

Le barattage de la mer de lait / Churning of the ocean

Angkor

(Musée Guimet).

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(Angkor Vat).

Mais que font donc tous ces gens qui tiennent un naja géant ? 

C’est une représentation d’un curieux mythe cosmologique, le barattage de la mer de lait (ou barattage de l’océan).

A l’origine il y a les dieux (deva) et les démons (asura). (On se croirait sur Facebook où tout est noir ou blanc dans la plupart des commentaires).

Les deva et les asura se battaient pour la maîtrise du monde. Les deva en difficulté approchèrent Vishnu (un des trois dieux principaux avec Brahma et Shiva).

Vishnu proposa aux deva d’obtenir l’élixir de l’immortalité et d’invincibilité (Amrita) pour devenir plus fort que les asura : « Vous devez remuer l’océan! Parmi tous les trésors enfouis dans ses profondeurs, il existe un nectar d’immortalité et d’invincibilité : L’Amrita. »

Mais comment parvenir à remuer l’océan? Il fallait s’allier aux asura.

Le Mont Mandara se laissa convaincre et se renversa pour être la baratte. Le serpent Vāsuki, voulut bien servir de corde et Shesha, le serpent aux multiples têtes, mit la montagne en mouvement.

Vishnu pris la forme d’une tortue puissante, pour servir de base à l’ensemble. 

Avec l’aide des asura qui tenaient le naja géant, le barattage dura mille ans et produisit :

  • Un poison que Shiva but pour préserver le monde. Il aurait dit : « Ah, ça fait du bien par où ça passe. » Mais c’est une citation apocryphe. 
  • La vache d’abondance qui produit le lait.
  • La déesse du vin. 
  • L’arbre du paradis qui répand des parfums.
  • La lune.
  • Le cheval.
  • L’éléphant blanc.
  • Les nymphes célestes (Apsaras).
  • La déesse de la beauté et de la fortune (Lakshmi). 
  • La conscience sans défaut.
  • Dhanvantari, le médecin des deva, qui tient dans ses mains une coupe où se trouve le nectar d’immortalité.

C’est là que cela devient palpitant : les asura se précipitèrent sur Dhanvantari pour lui piquer le nectar. Hélas pour eux Vishnu se déguisa en Mohini, la femme la plus belle au monde, et profitant de la distraction bien compréhensible des asura, prit le nectar pour l’offrir aux deva.

Ceux-ci, maintenant invincibles, repoussèrent les asura aux enfers.

 

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Vishnu déguisé en Mohini. (On évitera pudiquement de regarder à droite et à gauche de Mohini).

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But what do all these people who hold a giant naja do?

It is a representation of a curious cosmic myth, the churning of the sea of ​​milk (or churning of the ocean).

At the origin there are the gods (deva) and the demons (asura). (It’s like the Black and White Morality trope often used in Facebook comments).

The devas and the asura fought for power over the world. Devas in trouble approached Vishnu (one of the three main gods with Brahma and Shiva).

Vishnu asked the devas to obtain the elixir of immortality and invincibility (Amrita) to become stronger than the asura: « You must stir the ocean! » Among all the treasures buried in its depths, there is a nectar immortality and invincibility: The Amrita. « 

But how to move the ocean? It was necessary to ally with the asura.

Mount Mandara was convinced and turned over to be the churn. The serpent Vāsuki wanted to serve as a rope and Shesha, the serpent with many heads, set the mountain in motion.

Vishnu took the form of a powerful turtle, to serve as a base for the whole.

With the help of the asura who held the giant naja, the churn lasted a thousand years and produced:

A poison that shiva purpose to preserve the world. He would have said, « Ah, it feels good where it goes. » But it’s an apocryphal quote.

The cow of plenty that produces the milk.
The goddess of wine.
The tree of paradise that spreads perfumes.
The moon.
The horse.
The white elephant.
The celestial nymphs (Apsaras).
The goddess of beauty and fortune (Lakshmi).
The conscience without defect.
Dhanvantari, the doctor of the devas who holds in his hands a cup, where is the nectar of immortality.

This is where it becomes thrilling: the asura rush to Dhanvantari to sting the nectar. Alas for them Vishnu disguises himself as Mohini, the most beautiful woman in the world, and making use of the distraction of the asura, took the nectar to offer it to the deva.

These, now invincible, repelled the asura in hell.