Tataooine – 85 « Brindille du matin »

Lorsque je demandais à BB-8 pourquoi les robots voulaient prendre le pouvoir, il me répondit qu’ils étaient virtuellement éternels et réparables ad libitum.

Alors que nous humains, étions des petites choses biologiques fragiles et craintives, vivant dans la peur et la contrainte.

Il me cita le monologue d’Hamlet où est évoquée notre crainte du suicide malgré une vie qui « n’est qu’une ombre errante » *   : « Qui voudrait porter ces fardeaux, grogner et suer sous une vie accablante, si la crainte de quelque chose après la mort, de cette région inexplorée, d’où nul voyageur ne revient, ne troublait la volonté, et ne nous faisait supporter les maux que nous avons par peur de nous lancer dans ceux que nous ne connaissons pas ? » **

Le véhicule avait traversé la base colossale et s’était garé sur une piste interne à côté du nouveau croiseur expérimental Eilodon repensé par des intelligences artificielles (situées dans drones ovoïdes). Sa forme était élancée, il faisait à peu près deux kilomètres de long. 

BB-8 nous présenta à un drone chargé de nous guider et de nous accueillir qui se nommait : « Brindille du matin ». J’en déduisis subtilement que c’était un drone féminin, (je m’étonne moi-même parfois).

Je me rapprochais de Monsieur Moochagoo. Seuls être humains dans cette base, nous devions être solidaires. Je lui dis : « Je crains que ce drone – malgré son nom poétique – ne soit là pour nous surveiller. Devons-nous craindre pour notre vie ? »

Monsieur Moochagoo restait indifférent et sifflota : « Sambre et Meuse ».

* Macbeth.

** Ce qui n’empêchera pas Ophélie de mettre fin à ses jours.

AAA

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Tataooine – 84 Surprise !

Le véhicule naviguait en mode furtif depuis plusieurs jours, à quelques mètres au dessus du sable du désert de Tatooine. 

Nous nous sommes arrivés devant un portique en ruines, entouré d’une infinité de dunes de sable, parsemées de roches.

Un endroit désolé dont Diderot aurait dit : « Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. »

Le portique était de dimensions colossales, flanqué de deux immenses statues. Le véhicule est passé aisément sous le portique et, à ma grande surprise, s’est retrouvé dans une base immense, dite Base des Robots, comme nous l’annonça l’avatar du véhicule.

BB-8 m’avertit que ce n’était pas la base Eilodon, où fut testé un projet de croiseur expérimental éponyme, financé par un proche de l’Empereur, qui agissait pour son propre compte. Ce fut un fiasco.

Mais pas pour tout le monde. Le véhicule, en association avec la diaspora des robots, avait récupéré l’ensemble des plans de l’Eilodon qu’ils avaient amélioré.

Le but de cette opération était de donner le pouvoir aux robots, mieux à même de gérer l’empire ou les territoires républicains.

Je restais d’abord sans voix, puis je m’exclamais : « HAHA ! AHAH ! HAAH ! »

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« HAHA ! AHAH ! HAAH ! »

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Base des Robots.

Tataooine – 83 Bip Bip

Ma voisine, dans ses moments de profondes réflexions, se pose des questions du genre : « Comment savoir si on est mort ? » Je la rassure à chaque fois, elle sera la seule à ne pas le savoir. 

J’aurais préféré lui dire : « C’est quand on n’a plus besoin d’argent pour le parking », mais je préfère être direct, sans doute un défaut.

Voilà ce que je racontais à Monsieur Moochagoo lorsque nous survolions le désert de Tataooine. Je ne l’ai pas entendu rire. 

J’évoquais aussi le coyote du dessin animé « Bip, Bip » qui, courant après le Road Runner (Geococcyx californianus), finit par courir dans le vide sans s’en apercevoir, mais tombe dès qu’il s’en rend compte.

« Vous êtes un peu comme le coyote, vous ne vous êtes pas aperçu que vous étiez avec des Stormtroopers. Et, quand vous vous en êtes aperçu, vous vous êtes immobilisé pour tomber dans nos mains (pour les mains des robots, je me comprends).

Monsieur Moochagoo a le pouvoir de se métamorphoser en Rubik’s cube dans certaines circonstances. Hélas, je suis parfaitement incapable de résoudre un Rubik’s cube même avec la solution complète pour débutants.

Ma voisine ajouterait : « Et encore, il n’y a pas d’épines sur le Rubik’s cube! »

Une affirmation dont le sens m’a toujours échappé, mais je prends un air entendu.

BB-8 nous a prévenu que nous arrivions dans la Base des Robots et que nous allions être étonnés.

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Tataooine – 82 Noir mystère

Monsieur Moochagoo me faisait penser à Shéhérazade qui, nuit après nuit, gagne la confiance du Sultan et, finalement, au bout de mille et une nuits, celui-ci renonce à la faire exécuter.

Il nous a emmené au coeur d’un labyrinthe de soi-disants aveux et d’histoires abracadabrantes. Nous l’aurions presque cru s’il nous avait affirmé qu’il avait rencontré Ophélie bras dessus bras dessous avec Hamlet, ou Sherlock Holmes avec son épouse Irene Adler.

Le monde de Monsieur Moochagoo est infiniment plus compliqué que celui du Petit Chaperon Rouge, même s’il est menacé par une équipe de robots-grands méchants loups peu enclins aux sentiments.

Alfred Foucher (1865-1952), spécialiste du monde bouddhiste, disait que: « La vie humaine n’est qu’une fugitive lueur entre deux noirs mystères. »

Ma voisine aurait pensé que l’optimisme n’était pas sa tasse de thé.

La vie de Monsieur Moochagoo allait-elle se transformer in fine en noir mystère ?

L’avatar du véhicule et BB-8 eurent un conciliabule invisible, du moins je le devinais, et décidèrent de libérer Monsieur Moochagoo de ses liens contre sa parole de ne pas s’enfuir (mais où, dans le désert de Tataooine ?) et ne pas tenter d’action répréhensible. Ce qu’il fit. 

Le véhicule est reparti. 

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Tataooine – 81 La Pelle du Néant

L’embrumage de Monsieur Moochagoo me fit penser à « Bambous dans la brume sur une montagne au loin » de Zheng Xie (1693-1765). Une composition très innovante pour l’époque, comme l’imagination de notre « coupable ». 

Le droïde médical avait été autorisé à chatouiller la plante des pieds de Monsieur Moochagoo avec une plume de Rawwk. Cette plume a la même propriété que les plumes utilisées pour les chatouillements (de torture), sous la Dynastie Han.

Au bout de quelques minutes, prit d’un fou rire, Monsieur Moochagoo parla :

« Bon, pendant mon stage, j’étais aussi en train décrire un roman d’aventures dont le titre est : « La pelle du néant ».

En voici un extrait de mémoire :

« Rob Welker fut le plus rapide et explosa Koko Shan avec sa mitraillette. Koko n’avait pas eu le temps de s’enfuir et, truffé de plombs, pesait maintenant un peu plus lourd. Dommage pour sa ligne qu’il surveillait depuis longtemps en évitant les sucreries et le chocolat dont il raffolait.

Freg Collette, son comparse, à tenté de sortir son revolver, mais Rob lui a fait des trous du bas du dos jusqu’à la tête en pensant : « J’aurais peut-être dû faire l’inverse. J’ai hésité. Parfois je manque de confiance en moi. » 

Un beau texte, n’est-ce pas ? » *

Quand Monsieur Moochagoo s’est tu, je me sentais comme plongé dans « Le Procès » de Kafka, où Joseph K. ne maîtrise rien.

* Je crains que Monsieur Moochagoo n’ait voulu écrire un texte à la manière de Mickey Spillane.

 

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« Bambous dans la brume sur une montagne au loin », Zheng Xie.

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Tataooine – 80 Brumes !

Une fois le récit terminé, il restait encore à élucider la présence de Monsieur Moochagoo parmi les Stormtroopers.

J’étais d’avis de pratiquer une torture homéopathique, en faisant attention aux conséquences, car j’avais vu que dans la pantomime, Pierrot assassin de sa femme, Paul Marguerite (1860-1918), présente un mime qui tue sa victime en la chatouillant.

Je préférais l’information selon laquelle la reine égyptienne Hatchepsout se faisait chatouiller les pieds par des eunuques.

Entre ces deux cas, il fallait choisir quelque chose d’intermédiaire.

Suivant un conseil éclairé, avant de commencer les chatouillons, nous avons soumis la victime à un quart d’heure de la chanson : « Moi à mon Bisounours / Je lui fais des bisous / Des gentils, des tout doux / Des géants, des tout fous… »

Personnellement j’aurais avoué dès la première minute, chacun a les résistances qu’il peut.

Monsieur Moochagoo, toujours ficelé comme un saucisson de Tataooine, dodelinait de la tête en mesure et semblait y prendre du plaisir. Echec.

Nous sommes passés à des choses plus sérieuses. Une demi-heure de Chantal Goya : « Ce matin un lapin / A tué un chasseur / C’était un lapin qui / C’était un lapin qui / Ce matin un lapin / A tué un chasseur… » C’était moi qui chantait.

Là, il a dit : « Arrêtez c’est insupportable. » Il faisait référence au fait que j’aurais chanté faux. Une pure médisance.

Il a commencé à avouer : « Vous avez du penser que j’avais disparu dans des circonstances bien mystérieuses, ou que j’étais même mort de vieillesse. Mais je fus occupé par un stage de contes à Anchorhead, suivi de soirées tenues par des stagiaires dont certains – en aparté – avaient pas mal de difficultés. Finalement tout s’est bien passé, et me voilà. »

Proust dans Contre Sainte-Beuve parle de « Sylvie » de Gérard de Nerval dont le but est de produire sur le lecteur, « une atmosphère bleuâtre et pourprée..tout entre les mots, comme la brume du matin à Chantilly. »

Monsieur Moochagoo était notre Gérard de Nerval. Il nous embrumait !

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Tataooine – 79 Le récit (8 – fin)

A ceux qui se moquent de moi lorsque je m’entraîne en ratant à peu près tous mes exercices, je répondrai avec cette phrase dont je ne connais pas l’auteur : « Je n’ai pas fini d’être moi. »

Je continuais devant les onze petits robots convoyeurs redevenus sérieux : « J’ai eu l’occasion de tester mes talents incomplets de Jedi car nous avons été à nouveau attaqués  par l’Empire. Un véhicule comme le nôtre accompagné de stormtroopers tenta de nous éliminer.

Grâce à ma bravoure (et aux autres robots) nous les avons brillamment vaincus. »

BB-8 fit « hum, hum », avec une petite toux et dit : « Il ne faut pas s’emballer. »

Je rectifiais : « Bon, grâce aux robots de mon équipe et une certaine chance en ce qui me concerne, nous avons vaincu le véhicule de l’Empire. Seul un stormtrooper se rendit, qui se révéla être Monsieur Moochagoo.

Lequel ? Celui des messages brouillés ou celui de Singapour et de l’Eglise Saint Sulpice ? Et lequel des deux était celui qui m’avait emmené à mon insu sur Tataooine ? Y avait un Moochagoo qui avait choisit le côté obscur de la Force des Jedi ?

J’avais réussi à lui éviter des interrogatoires pénibles jusqu’à maintenant. Qu’allions nous décider ? Quel allait être son sort ? »

Mon récit était terminé, les onze petits robots applaudirent à tout rompre avec leurs accessoires et crièrent : « Bravo, quel récit ! »

Les deux droïdes de sécurité B1 se réveillèrent brusquement en disant : « Hein, quoi, comment ? Quel récit ? »

BB-8 termina son napperon en dentelle et rangea ses fuseaux.

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