Louvre – 46

Mon critique préféré trouvait que mes histoires étaient des élucubrations futuristes, absolument illisibles.

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Tout en regardant les chars AKVAR, je buvais avec l’aide d’un petit tuyau, l’eau recyclée de la combinaison qui avait gout de vieilles chaussettes humides.

Monsieur Moochagoo citait Rilke : « Sois, et connais en même temps la condition du non-être / L’infinie profondeur de ta vibration intime.. »

A notre grande surprise les chars étaient en train de s’exterminer entre eux, dans un bruit de fin du monde, c’est à dire des sons métalliques stridents et des grondements sourds.

Il ne manquait plus que les trompettes de l’Apocalypse. Mais je pensais que si un cauchemar est détruit et un autre le remplacera aussitôt. Une dissolution dans le néant.

Des pensées très négatives. Ma tante m’avait affirmé qu’il fallait considérer chaque pensée négative comme un petit lapin. On tire au fusil dessus. Fin du problème.

Madame X nous a dit : « Voilà une bonne nouvelle. Et en plus, nous n’y sommes pour rien ! »

Apocalypse de Namur, seconde trompette, vers 1330.

Louvre – 45

J’avais besoin de compartimenter mon cerveau. D’un côte le charme de l’Ile de Jeju, et de l’autre la désolation.

Le problème des paradoxes crées par les sauts temporels, aurait été avancé par les Responsables du Conseil Temporel pour annuler la mission. Les paradoxes avaient bon dos, ils sont d’une telle complexité que seul l’OCO (l’Ordinateur Central de l’Orbitale), peut les comprendre.

« Peut-on raconter le temps en lui-même, comme tel en soi ? Non, en vérité, ce serait une folle entreprise. » (Thomas Mann).

Peut-être que l’OCO pourrait m’enseigner une méthode de penser pour ne pas penser. On pourrait croire que je suis blasé, mais non, je continue à être curieux.

(Je sens que mon critique préféré va dire que la suite de mon histoire ne vaut pas un pet de lapin).

Nous entendions en progressant dans le paysage apocalyptique un grondement et un rugissement constant. Nous sommes montés sur une hauteur. Devant nous, il y avait quelques milliers de chars AKVAR qui manoeuvraient.

Louvre – 44

Nous étions au bord d’un pré, où paissait un troupeau de vaches. On voyait la mer au loin, et je pensais à cette perle du bac :«Les vaches à cause de la proximité de la mer donnent du lait salé, dont on fait le délicieux beurre breton de pré-salé. (sic) »

Madame X nous avait conseillé de profiter de cette petite excursion et de savourer les joies de la nature, parce que nous allions de nouveau rejoindre notre paysage apocalyptique préféré plein de chars AKVAR et de tanks ovoïdes.

Dans la matinée mon radar mental avait capté que quelque chose clochait. Pourquoi ? Je n’en avais pas la moindre idée.

J’étais atteint de weltschmerz momentané, car Madame X nous avait annoncé que les Responsables du Conseil Temporel avaient complètement foiré *, et que la mission en Corée était annulée.

Tout le charme mystérieux de l’Ile de Cheju allait s’évanouir. Les Harubangs ne nous avaient pas protégé contre les mauvais esprits et les démons.

Harubang

* »Merdé » était le terme exact.

Louvre – 43

Voici le chef de la police de Jeju pendant le déjeuner (en 1991). Nous n’avons jamais su pourquoi il s’était intéressé à nous, (nous avions laissé la nonne-robot à l’hôtel, puisqu’elle ne mangeait pas). Etions-nous des espions ?

Les statues de pierre de l’île de Jeju (ou Cheju) sont réputées pour leurs visages expressifs, grimaçants ou souriants. Elles mesurent entre 1,5 et 3 mètres de haut avec des yeux exorbités, un nez large et plat, et une bouche en forme de moue. Elles servaient de divinités gardiennes pour repousser les démons et les mauvais esprits.

Démon ou de gardien courroucé, de type Rakshasa à l’entrée d’un temple. (Photos prises en 1991).

Stèle du temple Beomeosa Sajeokbi), située à Busan.

L’île de Jeju est une destination recherchée par les jeunes mariés en lune de miel, en raison de ses paysages naturels romantiques. Nous regardions deux jeunes mariés s’amusant à se faire rebondir.

Après cela nous allions passer aux choses sérieuses.

Louvre – 42

A Jeju, « les trois trous des clans », est un endroit mythologique d’où sont sortis les fondateurs. Il y 4000 ans, le sol s’est ouvert et trois demi-dieux sont apparus Go Eulla,Yang Eullan et Bu Eull qui vivaient d’une façon très primitive.

Un jour ils aperçurent une grande caisse en bois qui flottait près du village d’Onpyeong. Il y avait dedans un messager et trois princesses originaires du Byeoknang. Il y avait aussi  un veau, un poulain et des graines de cinq céréales différentes(dont le riz, le millet et l’orge). Le roi de Byeoknang voulait que ses trois filles vivent avec les trois demi-dieux.

Finalement grâce aux graines et au bétail, les chasseurs devinrent agriculteurs et éleveurs. C’est ainsi que naquit le royaume de Tamra.

Nous étions devant les trois cavités disposées en triangle où, paraît-il, la pluie ni la neige ne les remplissent.

Il y avait là par hasard, le chef de la police de Jeju. Nous avions échangés quelques mots et nous apprîmes qu’il avait fait la guerre de Corée en tant qu’officier.

Plus tard, il nous a même invité au restaurant où on nous a servi des radis marinés – Danmuji – et des petits cubes de radis – Chikin-mu. Personnellement, je les trouve trop acides. Puis nous goutâmes des fines lamelles de bœuf marinées – Bulgogi. Le tout arrosé de Soju.

Les trois trous, (en 1991).

Louvre – 41

Mon critique préféré m’a dit que mon histoire n’est qu’une construction absurde et chimérique. Dont acte.

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Je suis bien décidé à surmonter les pièges diaboliques que nous allons affronter, surtout ceux dont nous n’avons aucune idée..avec l’aide et la protection de Barbara.

Je confiais mes inquiétudes à Monsieur Moochagoo, il me répondit : « Si votre coeur cesse de battre brusquement, vous serez le seul à ne pas être au courant. Donc, pas d’inquiétudes. »

En face de nous Le Bouddha principal est imposant et admirablement proportionné. Il est monumental et serein. Est-ce le Bouddha au moment de l’illumination spirituelle ? La main droite effleure le genou droit, les doigts tendus en bhumisparça, geste de «prendre la terre à témoin».

Le clone de l’Homme en Bleu alla derrière le Bouddha, et sortit un papier coincé entre deux pierres.

Il y avait un message des Responsables du Conseil Temporel : « Un événement inattendu, nous contraint à changer votre destination. Vous devez vous rendre sur l’Ile de Jeju, sur le lieu des trois trous fondateurs, au pied du mont Hallasan. »

Dol hareubang (grand-père de pierre) sur l’île de Jeju.

Louvre – 40

Je vais décevoir mon critique préféré : j’avais préparé un synopsis dans un coin de mon esprit, pour un quarantième épisode ; mais les replis de mon cerveau sont innombrables, et j’ai tout perdu.

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Le clone de l’Homme en Bleu nous accompagnait jusqu’à la grotte de Seokguram, où nous devions avoir quelques éclaircissements sur la continuation de notre mission.

Il affirmait nous avoir évité une mort certaine, car une fois la porte du bunker percée par le tank ovoïde, une douzaine de tank AKVAR devaient tirer ensemble et tout pulvériser, (et nous avec, damned !). *

Nous avions toujours avec nous la nonne-robot qui, tout en marchant, continuait son tricot. Harold s’était aperçu qu’elle possédait une gigantesque base de données historique.

Elle lui avait expliqué en montrant avec une aiguille à tricoter, les coréens que nous croisions, qui semblaient tous porter des bidons de dix litres d’eau, en revenant d’une fontaine située juste à côté du temple de la grotte de Seokguram. (Elle s’appelait officiellement la source Gamrosu).

Dans le folklore coréen, boire l’eau pure d’une source comme Gamrosu, est réputé purifier le sang, améliorer la digestion, revitaliser la peau et ralentir le vieillissement, (comme un élixir de jouvence (회춘 = juvénescence).

Nous sommes arrivés enfin devant le Bouddha massif, de 3,5m de haut.

*Nous lui avions mis un grand chapeau coréen et un masque anti-virus, pour cacher son apparence robotique.

Lucas Cranach /The Fountain of Youth.

(Détail).

Le Louvre – 39

Je pensais à mon critique préféré, et ce que nous vivions dans le bunker n’était pas aussi enthousiasmant qu’on pouvait le croire.

Même si la porte était assez solide pour faire barrage à barrage à un troupeau d’éléphants (je me comprends).

L’haruspice Titus Vestricius Spurinna avait prévenu César de prendre garde aux ides de Mars. Nous, aucun haruspice ne nous avait prévenu des dangers que nous affrontions.

Avec le stress, j’avais l’impression qu’un camion était bloqué sur ma cage thoracique, (je me comprends à nouveau).

Ma voisine m’aurait conseillé de méditer sur la substance des choses, en pensant à la roue du dharma chakra tibétain.

La réalité était peut-être plus complexe que je ne le pensais, et le tank ovoïde n’était surtout pas un paquet cadeau avec un joli noeud.

Soudain une « porte » lumineuse s’ouvrit, et le clone de l’Homme en Bleu nous pressa de venir avec lui, tout en disant : « Tout ce que vous verrez ne sera pas forcément vrai et tout ce que vous ne verrez pas sera peut-être vrai. »

Et nous nous sommes retrouvés en Corée du Sud en 1991 sur le mont Toham, marchant sur un chemin menant à la grotte de Seokguram.

Grotte de Seokguram.

Louvre – 38

Je veux bien jouer le rôle du sauveur, mais au bout d’un moment j’ai mal à la tête.

En voyant le tank ovoïde, je fis semblant de regarder ailleurs, au cas où il détecterait certaines émotions sur mon visage, ou penserait que je suis agressif. Manifestement cet engin était de mauvaise humeur.

J’envisageais même de lui dresser une contravention pour troubles sur la voie publique, mais je me souvenais pas où étaient les feuillets de contravention.

Je n’osais pas dire à Madame X qu’on aurait pu installer des portes tambour, pour diminuer les dégâts faits à l’entrée du bunker.

On pourrait même proposer au tank de se convertir à l’élevage de moutons, mais il est probable que les prairies herbeuses ont beaucoup diminué dans la région de l’Ile de France.

Bon, il ne me restait plus qu’à invoquer Sainte Rita la patronne des causes désespérées.

(Je sens que mon critique préféré me reprochera d’abuser de l’Art de la Digression. Il est sûr qu’un grille-pain est forcément perturbé par l’absence de toasts).

Manifestement cet engin était de mauvaise humeur. (Conçu par IA).

Louvre – 37

J’étais en train de penser que les nonnes-robots étaient des publicités sur pattes pour la VRAIE FOI.

Le vacarme extérieur s’était amplifié. Madame X venait de me dire, après avoir jété un coup d’oeil à un écran qui nous donnait une vue de l’extérieur du bunker : « Il va falloir vous ressaisir très vite, sinon.. »

Un énorme tank ovoïde attaquait les murs, pourtant très épais de notre bunker, avec des rayons laser à forte intensité, et des sortes de perceuses géantes, juchées au bout de bras métalliques souples.

Ma voisine aurait dit : « Voilà un renversement du Karma ‘ »

Je ne m’entendais pas penser, mais des rouages commençaient à s’enclencher dans ma tête, du genre : « Sauve qui peut ! »

Barbara avait commencé à me pousser à l’écart, car la porte d’entrée du Bunker commençait à faiblir. Au contraire, Madame X me fit revenir au premier plan pour transformer le tank en particules, (en espérant que ça marche).

(IA)

Roue de l’existence karmique ou bhavacakra.

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